

Comme ce fut également le cas pour l’adaptation de Massacre à la tronçonneuse, Zack Snyder a parfaitement bien saisi qu’il ne pourrai jamais retrouver l’essence du chef d’œuvre d’origine et a fait le bon choix de la réadapter a sa façon. Les deux films n’ont alors en commun hormis le titre, que la trame générale, à savoir l’histoire d’un groupe de survivants échappant à un apocalyptique mouvement de cadavres ambulants en se réfugiant dans un énorme centre commercial déserté. Le réalisateur a donc la bonne idée de ne pas singer le maître en la matière. Ici point de satire sociale cherchant à montrer du doigt l’impossibilité du peuple à se défaire des produits de consommation, point de morale visant à punir la société en nous renvoyant tous à l’age de pierre : Zombie version 2004 c’est du fun a l’état brut sans volonté de faire passer un quelconque message.
Toutefois le jeune réalisateur (et visiblement grand cinéphile) n’en oublie pas moins de faire constamment des clins d’œil à la trilogie des morts. Les références fusent de tout les cotés, tel par exemple l’héroïne qui s’écrase contre un arbre à la manière de Barbara au début de La nuit des morts vivants. Gros clin d’œil également au film d’origine : un prêtre noir moralisateur (qu’on pourra aisément comparer à l’éclopé discutant avec les membres de l’unité spéciale après l’assaut de l’immeuble) conclue un message télévisuel censé calmer les esprits sur cette phrase "Quand il n’y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre" soit le slogan d’origine lors de la sortie du film en 1979. Enfin les nostalgique apprécieront les fameuses interviews télévisées du shérif, si chères à Romero, ici interprété par Tom Savini Himself qui affirme, en parlant des zombies, "en avoir connus quelques uns".
Formidablement bien adapté à son époque, L’armée des morts sait saisir les qualités du cinéma contemporain en s’abstenant de reproduire les défauts de ce genre de film. Le réalisateur esquive les mauvais clichés pour aller à l’essentiel : si une porte s’ouvre tout doucement, c’est pas pour nous faire une fausse frayeur, mais bel et bien pour amener un zombie. Il offre également au métrage un suspens et une véritable tension palpable dont le rythme ne faiblit à aucun moment durant 1h40. Les scènes d’action (car action il y a) qui ne cherchent aucunement à faire dans la surenchère, lorgnent du coté d’Alamo, d’Assaut ou plus récemment de Nid de guêpes et constituent un agréable mélange avec un humour bien dosé dont l’inspiration des films de John Landis (extraits de film à l’appui) est omniprésente.
Non content de piocher de très bonnes idées chez les autres, Snyder déborde d’imagination pour ne pas faire retomber la tension : que ce soit la bataille de l’héroïne la plus faible contre une armée de zombies dont notre point de vue se limitera à ses cris à travers un talkie-walkie, ou bien encore le petit jeu sadique auquel s’adonnent les mêmes héros dont la règle est de dégommer, depuis le toit du bâtiment, le meilleur sosie des célébrités qu’ils ont choisi au préalable parmi la foule de morts vivants errants sur le parking (Burt Reynolds appréciera). La meilleure de ces idées reste quand même Ving Rhames communiquant avec l’habitant posté sur le toit voisin à l’aide d’ardoises Veleda, remplaçant au pied levé les SMS aujourd'hui à la mode ou divers chats sur Internet. Un nouvel exemple de la régression technologique en cas de crise.
Remake de film de Romero oblige, nous avons également droit quelques séquences gores complètement décomplexées du plus bel effet sans pour autant tomber dans un esprit cartoon ; les têtes éclatent à tout va et se font empaler de tout les cotés, humains et zombies se font démembrer en gros plan et les effets spéciaux numériques indispensables (à moins d’avoir des cascadeurs très courageux), brillent par leur efficace discrétion et complètent un maquillage de grande qualité (sans doute l’un des meilleurs avec celui de La nuit des morts vivants de Savini). Bon technicien et bon narrateur Snyder s’avère aussi être un directeur d’acteurs doué. Sur un fort nombre de premiers rôles, aucun ne prend le dessus sur les autres. Malgré la banalité sans surprise des personnages, le minimum nécessaire est toutefois déployé pour que l’on s’attache à chacun d’eux, et leurs interprétations à défaut d’être transcendantes, sont d’une réelle justesse.
A la tête d’un ingénieux puzzle donc chaque morceau est maîtrisé à la perfection, Zack Snyder, pour son premier film mixe avec efficacité rythme, action, humour et terreur, nous offrant un excellent survivor qui aurait pu être une perfection si (en chipotant un peu) il avait été un peu plus couillu sur son final un poil trop prévisible. Toujours est il qu’il nous signe le film de zombies dans la plus pure tradition que nous attendions depuis des années (28 Jours plus tard à part), sans dénaturer l’œuvre de Romero mais également sans rester dans l’ombre de ce dernier. Les morts-vivants sont bel et bien de retour, et bon sang, ça fait du bien !!! ^^
Vos Observations