Mercredi 24 mai 2006

Qu'est-ce donc que le haïku ? C'est un poème d'origine japonaise sans mots, c'est-à-dire très bref, un tercet d'habituellement 17 (5/7/5) syllabes. Il contient une référence à la nature (kigo), à une réalité non seulement humaine. Sobre, précis, subtil, dense, sans artifice littéraire, il évite les marques habituelles du poétique, telles la rime et la métaphore. Loin du grand souffle lyrique occidental, le haïku peut sembler anodin au premier abord; en fait, il est banal ou sublime, tout se jouant sur la corde raide tendue entre le poète et le lecteur.

Juxtaposition de l'immuable et de l'éphémère. Légèreté humoristique désamorçant tout pathos. Art du détail. Fragment de vie, de souvenir, de rêve. Lire et écrire des haïkus, c'est découvrir une conception autre de la poésie. Par son caractère unique, cette forme poétique permet à la fois la prise de conscience et l'expression de l'ici-maintenant; il ne donne aucun espace à l'abstraction, à l'élaboration des sentiments, à la rêverie. Le haïku est un poème concret, une poésie des sens et non des idées.

Une dernière remarque. Le haïku pourrait être un texte développé, mais il ne l'est pas et c'est là toute sa toute force évocatrice.

 

La pluie a cessé.
Des gouttes glissent
d'une feuille ivre.
 
 
Flotte sur la vague
une mouette - un mégot
juste lancé.
 
 
Les feuilles craquent.
Elles s'opposent à ma marche.
Je rentre - me sentant coupable.
 
 
Pendant la promenade tardive
un chien renifle la tulipe
poussée trop tôt.
 
 
Chassées par le vent,
les phalènes avec moi
veillent dans la nuit.
 
 
Vents bizarres !
Ils voudraient souffler
dans le sens contraire.
 
 
Les doux mouvements
du rideau à la fenêtre.
Le vent inaudible.
 
 
J'ai ouvert une cerise.
Le soleil a surpris
un ver occupé.

 

HAIKUS JAPONAIS CLASSIQUES

Dans le vieil étang
Une grenouille saute
Un ploc dans l'eau!
Basho



Sur la cloche du temple
S'est posé un papillon
Qui dort tranquille.
Buson



Tout a brûlé
heureusement, les fleurs
avaient achevé de fleurir.
Hokushi



Sur les écrans de papier
Elles font des arabesques
Les chiures de mouches.
Issa

 

Un superbe cerf-volant
S'est envolé
De la hutte du mendiant.
Issa



Sur mon chapeau
La neige me paraît légère
Car elle est mienne.
Kikaku



Sur mon chapeau
La neige me paraît légère
Car elle est mienne.
Kikaku



De bouger il n'a pas l'air.
Pourtant il travaille dure
Son champ, le paysan!
Kyorai

 

Une fleur tombée
Remonte à sa branche
Non, c'est un papillon!
Moritake

 

Cet automne
Je n'ai pas d'enfant sur les genoux
Pour contempler la lune.
Onitsura



Le voleur
M'a tout emporté, sauf
La lune qui était à ma fenêtre.
Ryokan



Que n'ai-je un pinceau
Qui puisse peindre les fleurs du prunier
Avec leur parfum!
Shoha

 

Qui se soucie de regarder
La fleur de la carotte sauvage
Au temps des cerisiers ?
Sodo



Quand elle fond,
La glace avec l'eau
Se raccommode.
Teitoku



J'éternue
et perds de vue
l'alouette
Yayu

 

Occupé à transplanter les pousses
Il va pisser dans la rizière
Du voisin.
Yayu

HAIKUS JAPONAIS CONTEMPORAINS

Rivière d'été
le bout d'une chaîne rouge
pend mollement dans l'eau
Yamaguchi Seishi

 

Un papillon
vole au milieu
de la guerre froide
Nakamura Kusatao

 

Soir d'automne
la marée emporte
les restes d'un grand poisson
Saito Sanki

 

Hôpital pour maladies vénériennes
seule touche de fraîcheur:
la fiente des pigeons
Suzuki Murio

 

Labourés
par les bombes
Où sont leurs os ?
Sawaki Kinichi

 

Même le cimetière a brûlé
des cigales comme de la viande calcinée
sur les arbres
Kaneko Tota

 

Chaque pli de la montagne
elles les écoutent apaisées
Les oreilles enterrées
Takayanagi Shigenobu

par Thanos publié dans : Le Microcosme de Thanos
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Commentaires

mon préféré:  Pluie de pétales--


                        On aimerait boire l'eau


                      des brumes lointaines


                                                      Issa


j'aime bien aussi: Dans les yeux des fées


                                 descendues sur la ville


                                 le vide


(je sais plus de qui c'est^^)


et pi ce tanka zossi: 


 Les perles blanches


Sur mes manches tombées qand le coeur encore plein


nous nous quittâmes


Je les emporte


Comme  un souvenir de vous


(Kokinshu)

commentaire n° : 1 posté par : tsubaki le: 12/11/2006 19:22:47

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