1935-1955 : GOLDEN AGE (l'âge D'OR)
C'est là que les comics sont apparus. Retour aux sources d'un genre appelé à devenir le succès que l'on sait...
1935 : L'année où l'on a inventé l'avion à réaction, le radar, la guitare électrique... Et les super-héros ! Depuis le début des années 30, les comic-books avaient émergé. "Comic" parce qu'il s'agissait à la base d'histoires drôles, très cartoon. Au début, il s'agissait surtout de réimpressions des strips qui paraissaient en supplément dans les journaux quotidiens, avec quelques créations nouvelles qui "imitaient" les héros des journaux déjà existants. Le tout était destiné aux enfants. Mais pas exclusivement, il y avait une petite frange de fans de BD adolescents qui lisaient aussi des romans de SF, s'inspiraient des films des années récentes ("King Kong", "Frankenstein"...). Ainsi, deux ados, Jerry Siegel et Joe Shuster, avaient dans leur panier depuis 1933 une idée dont personne ne voulait : Superman. Tout au plus trouvèrent-ils du travail chez ce qui allait devenir DC Comics, en créant un détective de l'étrange, le Doctor Occult (New Fun Comics #6), en 1935. Pendant deux ans et demie, les deux amis se servirent d'Occult pour tester des concepts de Superman ( plus ça allait, et plus Occult lui ressemblait). Finalement, en 1938, DC accepta de publier le vrai Superman dans Action comics #1. Finalement, il fallut bien se rendre à l'évidence dans les mois suivants : toutes les couvertures où figurait ce super-héros se vendait bien plus. Alors, tous les éditeurs de comic-books s'y mirent, créant des centaines et des centaines de héros du même type...
De telles icônes allaient prendre du galon avec l'arrivée de la seconde guerre mondiale, propres à personnifier le sentiment patriotqiue. Captain America, Wonder Woman et les autres tombaient à point ! Mais cette cote allait s'inverser dans le début des années 50 : un peu trop associés à la guerre, les héros (et par extension les comic-books) avaient l'air datés. Des pointures comme "Flash" ou la "JSA" cessèrent ainsi de paraître dès 1951. Et le pire restait à venir sous la forme d'une "chasse aux sorcières" puritaine : le sénat américain finit par nommer une commission d'enquète qui dénonça le caractère "décadent" de ces BD (parmi les accusations, les puritains reprochaient le fait de montrer des femmes divorcées). Sonnés par cette campagne, les comic-books se rangèrent dans une ambiance "boy scout" en attendant des jours meilleurs. En 1955, il ne restait guère plus que trois héros majeurs en activité : Superman, Wonder Woman et Batman.
1955-1975 : SILVER AGE (l'âge D'ARGENT)
L'héroïsme s'imprègne de réalisme. Après le déclin, la renaissance. Autour des héros de Marvel et des dessins puissants de Jack Kirby ou Neal Adams...
1955 : James Dean tourne "La fureur de vivre" et Disneyland ouvre en Californie. Les super-héros ? Ils ne sont plus qu'une demi-douzaine à survivre. Jusqu'à cette année où, officieusement, une nouvelle génération de héros débute chez DC, avec "Martian Manhunter" (Detective Comics #225). Puis c'est le tour d'un nouveau Flash, d'un nouveau Green Lantern... (le tout menant à une nouvelle version de la JSA, cette fois-ci nommée Justice League of America). Ces héros des années 50/60 se dénotent plus par un penchant beaucoup plus porté vers la science (comme Atom). Cette orientation des pouvoirs et des aventures (pendant 15 ans, Batman va combattre des extraterrestres) n'aurait été qu'une évolution de pacotille si elle n'avait pas été accompagnée d'un changement dans la forme et dans le fond. Dans la forme parce que jusqu'ici les comics étaient souvent "anthologiques" : un comic-book de Superman contenait non pas un seul épisode mais plusieurs historiettes de 7 ou 8 pages chacune. Dans ce nouvel âge, les épisodes sont plus longs. Le changement dans le fond arrive par Marvel qui, dès 1961, commence à prendre le dessus sur les titres DC avec les héros neufs : les Quatre Fantastiques, Spider-Man, Thor, Iron Man, etc. Stan Lee, aux commandes de Marvel, à la fois en tant que scénariste principal et éditeur-en-chef, apporte un ton nouveau. Pas forcément dans l'invention même des personnages mais bien dans les dialogues, le recours à l'argot ainsi que la synthèse sociale. Les chauffeurs de taxi juraient comme des charretiers et Johnny Storm, le nouveau Human Torch des années 60, était un adolescent au mauvais caractère. Avant, on vait droit à des héros rentiers (Bruce Wayne/Batman) ou à des personnages exerçant des professions relativement libérales. A l'opposé, Peter Parker (Spider-Man) est un étudiant sans le sous, vivant dans des campus eux-mêmes en pleine évolution pendant les sixties. Cette seconde renaissance s'essoufle cependant au début des années 70, avec des personnages moins porteurs et dénués de sens social (la première monture du Ghost Rider). A l'époque, nombreux sont ceux qui prédisent que l'avenir des comics se résumera aux "comix" underground genre "Freak Brothers". Toute une industrie retient à nouveau son souffle.
1975-1995 : BRONZE AGE (l'âge DE BRONZE)
Le monde des comics passe à l'ère du mass-média et explose en termes de ventes. On voit tout et n'importe quoi, jusqu'à la création d'Image en 92. L'arrivée des spéculateurs prophétise le déclin...
1975 : Saigon tombe aux mains des forces Khmers tandis que Robert de Niro joue "Taxi Driver". du côté des comics ? C'est le retour des capes, des super-pouvoirs, des costumes super-flashy... C'est le début de l'ère de gloire des X-Men, avec un pinnacle pour toute l'industrie des comics vers 1986/1990, avec des ventes dopées par la sortie du film "Batman" qui attire de nonbreux nouveaux lecteurs. Les X-Men vont imposer de nouveaux comportements à toute une industrie. Marvel lance un nouveau type de personnages en popularisant en 1975 des anti-héros plus violents créés en 1974 : le Punisher et Wolverine ouvrent la voie à des héros qui tuent, plus réactionnnaires, à la moralité plus trouble, annonçant les plus tardifs Grifter, Spawn... puis il y a la déformation d'un message propre à Marvel : avec Spider-Man, on avait passé les sixties avec comme leitmotiv "Avec de grands pouvoirs viennent les grandes responsabilités". A travers la saga du Phénix Noir chez les X-Men, puis Raven chez les New Teen Titans, puis bien d'autres cas du même genre, on en arrivera à la conclusion plus nihiliste que le pouvoir corrompt. C'est finalement le meilleur sous-titre qu'on puisse trouver à cette période, avec Marvel qui prend le dessus sur DC pour devenir une sorte de "Dark Marvel" vers 1991, sortant trop de séries et se fâchant avec ses meilleurs talents... D'où la naissance d'Image. Si Marvel s'était calmé, il n'aurait pas causé l'apparition de ce concurrent. La stratégie de l'apprenti-sorcier provoquera une chute sans précédent du marché vers 1993/1995. Fini la liesse, les comics ne sont plus qu'un hobby secondaire n'intéressant que quelques dizaines de milliers d'Américains. Comme en 1955 on en 1975, cette boucle de vingt ans s'achève sur un passage à vide... Avant un renouveau ?


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